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Causerie faite à Limeyrat, le 18 novembre 1995, par M. Biret
(texte intégral)

Mon Pays
Causse du Périgord, pays de ma naissance,
Je garderai toujours ton charmant souvenir ;
La vie, de tes sentiers, a voulu me bannir,
Mais toi te souvient-il des jours de mon enfance ?

 

René BRACHET (poète de Limeyrat) 25 août 1938
(Retour à la Muse R. Brachet éditeur 1938)

LIMEYRAT

La région où se trouve l'actuelle commune de Limeyrat forme un plateau-altitude comprise entre 174 m et 267 m à 10 km de Thenon 22 km de Périgueux. De ces plateaux peu élevés la vue se porte vers l'Auvézère, Cubjac et Thiviers et vers le causse de Beauzens, Hautefort et Clairevivre. Le sol du crétacé supérieur, est formé d'oolite moyenne et de molasse (gré calcaire durcissant à l'air) : 1/3 de cette commune est occupe par un sol sableux peu fertile planté de bois de chênes et châtaigniers ; 1/3 en causse pierreux ferrugineux ; 1/3 en terre forte calcaire. Le calcaire y est d'excellente qualité et une carrière y a été exploitée de temps immémoriaux. Son grain est puait - il très fin, dur, uni, excellent pour la chaux et présentait même les qualités requises pour en faire des pierres lithographiques. Au siècle dernier on en a tiré les marches du palais de justice de Périgueux, les somptueuses coupoles du Sacré- Cœur de Montmartre et la façade du prestigieux Opéra de Paris. En restaurant St Front l'architecte Abadie avait sans doute apprécié la pierre de Limeyrat qui fut, elle aussi, chantée par notre poète local :

Les carrières

Des hommes autrefois et jusques à ce jour
Ont attaqué le roc avec un grand amour ;
Ils étaient forts, vaillants et souvent très habiles.
C'est de ces longs couloirs, hauts rochers d'un côté
Et de l'autre, moellons sur une immensité,
Qu'on a sorti les blocs, honneur de tant de villes.
Combien de monuments, de ponts et de maisons,
D'églises, de tombeaux ont ces pierres taillées,
Au grain Fin, dur et blanc résistant aux gelées
Sonnant comme une cloche et bravant les saisons.
Le père Duvaley, depuis bien cinquante ans,
Comme un lion, travaille à déchausser ces bancs,
Mais il vit heureux et presque solitaire.
Plus loin, Coyral, Mauduy Travaillent de leur mieux ;
Tout leur bonheur est là quoiqu'ils soient déjà vieux ;
Salut, grands travailleurs, dans votre coin austère.

René BRACHET, Limeyrat 10 janvier 1943 (Retour à la Muse R. Brachet éditeur 1943)

    Dans les documents que j'ai pu consulter je n'ai pas trouvé trace de découvertes attestant d'une présence humaine préhistorique dans cette région si ce n'est une pierre levée au sud du village du Maine Bontemps, à 300 mètres de la D,68 au lieu dit "La Peyre Levado". L'endroit est d'ailleurs facile d'accès par un sentier de petite randonnée bien fléché à partir du Puits de Bontemps, résurgence intermittente d'où naît le ruisseau Le Blâme, qui par Brouchaud va rejoindre l'Auvézère. Cette pierre repose par un de ses bouts sur plusieurs blocs plantés en terre et forme un plan incliné vers l'orient. Laissée longtemps à l'abandon -il faut le regretter- cette pierre levée est signalée dans les documents du passé tels les Antiquités de Vésone. Il s'agirait des restes d'un monument mégalithique, un dolmen, ce qui laisse penser que la région est quand même occupée depuis fort longtemps,

    En 1974 / 75 des fouilles furent entreprises autour de ce dolmen par M. et Mme ROUSSOT. Ils dégagèrent des pierrailles. La grande table a été déplacée et consolidée, calée pour les besoins des fouilles avec des traverses de chemin de fer. Maintenant il serait heureux qu'on fasse disparaître ces éléments insolites de ce monument préhistorique. Quelques ossements et des fragments de poteries y ont été découverts mais rien de très important; (communication faite à la Société Historique et archéologique du Périgord années 74/75)

    Au sujet de ce dolmen j'ai retrouvé une savoureuse anecdote parue le 28 12 1878 dans Les tablettes du Périgord, signée de Ch. Daubige, et rapportée par l'abbé Brugière dans ses notes manuscrites (ces notes m'ont été d'un grand secours pour la rédaction de ce que je vais vous raconter ce soir, merci à l'abbé qui vivait à la fin du XIX ème). Ce Daubige donc, raconte que Monsieur Romieu, très célèbre préfet de la Dordogne du 19ème siècle, chassait un jour dans cette région en compagnie du capitaine Marty, maire de Brouchaud. Les deux compères arrivent près du dolmen de Limeyrat. M. Romieu avait déjà tiré 7 à 8 coups de fusil sans rien tuer. Voilà qu’il avise une belle grive sur le dolmen. Il épaule, ajuste et tire. Contre son ordinaire il tue l'oiseau. Le hasard avait fait le coup mais tout à la joie d'avoir réussi, le Préfet prend son carnet, tire son crayon et écrit sur la pierre: "Ici, Romieu a occis une grive". Le vieux capitaine qui l'accompagnait tire à son tour son carnet, sort son crayon et ajoute sans mot dire: "Ce n'est pas de sa faute ".

    Près de ce dolmen, en 1975, l'abbé Jourdes signale l'existence d'une dizaine de constructions en pierres sèches enfouies dans les broussailles, dont 3 belles cabanes rondes en excellent état et des murailles plus ou moins détruites avec des abris de formes diverses. Mais ce sont là des constructions relativement récentes sans aucun doute. Une de ces bories se trouve d'ailleurs tout à côté du dolmen. (S.H.A.P. année 75)

    Le Périgord fut soumis après la défaite de Vercingétorix. Il fut compris dans la Gaule celtique qui s'étendait de la Seine à la Garonne. Aux IIème et IIIème siècles le christianisme s'établit en Périgord. Puis ce furent les invasions barbares - Vandales, Wisigoths et autres peuples. Au Vème siècle la région est sous la domination des Goths. Clovis m lit la conquête au début du 6ème siècle. Les Sarrasins passèrent en Périgord au VIIIème siècle. Mais de cette longue période je n'ai pas trouvé trace en ce qui concerne Limeyrat. Pourtant, si on considère le nom toponymique de cet endroit il est vraisemblable qu'une communauté s'est établie ici dès l'époque gallo romaine.

    C'est dans un Pouillé du XIIIème siècle - autrement dit un tableau des bénéfices de l'évêché - qu'on voit apparaître pour la première fois le nom de "Ecclésia de Limeyrac". A une lettre près le nom de ce lieu ne variera pas au cours des siècles. On le retrouve tel quel dans un pouillé de 1317, latinisé en LIMERACUM en 1395. En 1516 et 1538 on trouve Limeyrde mais dès 1556 Lymeirac et en 1711 /1713 Limeyrat. Cette paroisse était à la collation de l’évêque, autrement dit elle faisait partie de son bénéfice.

    De par la formation du nom LIMEYRAC, on peut raisonnablement penser qu'il provient d'un nom de personne d'origine germanique LIUTMARUS augmenté de -acum. (ac et at se prononcent de la même façon en occitan on peut donc facilement passer d'une orthographe à l'autre). En effet, dès le second siècle de notre ère ce suffixe entre dans la formation de nombreux noms de lieux en s'ajoutant aux noms latinisés des notables gaulois, propriétaires ou occupants de domaines agricoles, domaines qui connaissent une grande expansion à l'époque gallo-romaine. En ce lieu, nous avions donc sans doute le vaste domaine d'un certain Liutmarus. (ref: Dictionnaire des noms de lieux du Périgord - Chantal TANET - Tristan HORDE- chez Fanlac)

    Parmi les noms de hameaux de la commune, avec toutes les précautions d’usage, on pourrait dire que Cournazac aurait une formation identique, A l'époque occitane, donc bien plus tard sont sans doute apparus Laularie , La Chosedie (autre orthographe Jouzedie), La Pinolie, La Verdonie, ou le suffixe féminin occitan -ia francisé en -ie marque une propriété. Liés à la nature du sol ou à la forme du terrain nous avons : Les Peyroux (les pierres), la Combe longue (long vallon) et La Champagne (terre végétale reposant sur un tuf crayeux), les Seignes (boue). Liés à la végétation nous avons : La Brugère (La bruyère), Les Seiglières (terres à seigle). Fonfarge fait sans doute allusion à une forge prés d'une fontaine et La Borie désigne une ferme. Le Maine Bontemps c'est la ferme de Bontemps. Maison rouge peut faire penser qu'il y avait là une étape sur une voie de passage romaine ( latin Mansio = gîte d'étape sur une voie romaine -> Maisos -> "maison") ; plusieurs noms de lieux-dits ont disparu. (ref:  Espiguelebe et autres lieux... de Jean ROUX ed. Novelum I.E.O. Périgord). En consultant le recueil des actes que nous vous présentons ce soir vous pourrez constater les évolutions et les disparitions des noms de villages racontant l'histoire du peuplement de ces lieux. Si j'en juge par le nombre des naissances, à certaines époques, des villages comme La Pinolie ou La Chosedie étaient aussi, voire plus importants, que le bourg. Entre 1700 et 1709 -soit 10 ans- il y eut ainsi 50 naissances à La pinolie contre 21 au bourg par exemple.

    Sur la villa gallo romaine et autour d'elle, un bourg a dû grandir durant les premiers siècles de notre ère, pendant la "Paix romaine". Puis vinrent les invasions, les temps incertains, même si dans les endroits reculés comme ici on eut moins à souffrir que dans les endroits faciles d'accès comme les vallées. Pour se protéger, les habitants construisirent des "Castrums" comme à Thenon. La féodalité se mit en place, mais je n'ai retrouvé aucun document se rapportant à cette lointaine période et concernant Limeyrat. Par contre, durant la guerre de Cent ans, le Château de Thenon fut incendié et plusieurs fois reconstruit et démoli tant par les Anglais que par les Français, ce qui laisse à penser que la région qui nous intéresse n'a pas était épargnée. C'est à cette époque que nous voyons émerger la puissante famille des Hautefort dont une branche eut des possessions à Limeyrat, à La Brugère. Les Hautefort de Labrugère se sont perpétués jusqu'à nos jours. Le rebouteux Labrugère, personnage du Moulin du Frau d'Eugène Le Roy démontre une fois de plus le souci de cet écrivain de situer ses personnages dans un cadre historique. Quant au domaine, il est, je crois, actuellement, propriété de Monsieur Puvis de Chavannes.

    Autre puissante famille possédant un fief à Limeyrat, la famille d'Abzac. Les généalogistes sont partagés sur l'origine et le berceau de cette maison dont le nom apparaît vers 1100. Vers 1250 la Maison d'Abzac subsistait en plusieurs branches dont les deux principales avaient pour chefs l'une Hugues d'Abzac, 1er du nom, auteur de toutes les branches subsistant actuellement et l'autre Bertrand d'Abzac II. Ce Bertrand fit dresser un mémorial entre 1260 et 1280 contenant le dénombrement des censives et autres droits seigneuriaux qui lui étaient dus et où il est mentionné qu'il avait un fief à Limeyrat et qu'en outre il possédait dans cette paroisse les villages et tennements de la Colosie (La Chosedie ?), de la Ferrandie et de la Coste indépendamment d'un grand nombre de censives ou redevances féodales tant dans cette paroisse que dans celle de Montagnac. Mais nous aurons l'occasion de reparler de cette famille d'Abzac.

    C'est sans doute à l'ombre d'un repaire noble construit à cet endroit (près de l'église on a retrouvé quelques soubassements) que va s'établir une communauté chrétienne devenue assez forte pour entreprendre la construction d'une église en pierre aux XIème / XIIème siècles. Orientée, elle affecte la forme d'un rectangle de 21 m sur 27 m. L'abbé Brugière, au siècle dernier, signale qu'elle possédait une cloche de 400 livres. Dédiée à St Hilaire, cette église de style roman a subi pas mal de mutilations mais conserve les traces de son antique splendeur. Dans les descriptions que j'ai trouvées on signale particulièrement le portail où l'un des chapiteaux reproduit l'Annonciation (de la bouche de l'ange sort le verbe sous la forme d'un enfant que la vierge reçoit dans son sein). Un autre chapiteau a pour sujet Adam et Eve après la Chute. Je dois reconnaître que tout ça est bien difficile à "lire" aujourd'hui. A noter aussi un œil de bœuf sculpté s'ouvrant au-dessus du portail. Le clocher en pignon a deux baies. L'intérieur de la nef était lambrissé, aujourd'hui avec un plafond de plâtre, l'avant chœur assez vaste avait une coupole sur pendentif. Les arcs de soutien sont légèrement brisés et l'abside se termine par une voûte en cul de four. On y trouve des dalles funéraires.

A l'extérieur de l'abside les arcs reposent sur de petits corbeaux dont l'un, plus curieux, a la forme d'un baril. Est-ce le symbole de l'ivrognerie? de la boisson? On a écrit que les particularités extérieures de cette abside seraient uniques en Périgord. On pense à une influence de l'art provençal des XIème et XIIème siècles voire à une influence gréco-bizantine. (réf: Thenon et ses alentours de H. JOURDES 1960)

    Le fils de Bertrand d’Abzac 2ème du nom, Bertrand d'Abzac 3, n'était que damoiseau en 1322 -le damoiseau remplissait les tâches domestiques auprès du seigneur. Il eut sans doute assez de fortune pour être armé chevalier, titre qu'il porte en 1324. Son fils, Gui d'Abzac et son petit-fils Jean portaient le titre de damoiseaux. Vers 1400, Archambeau d'Abzac fut un valeureux capitaine au service de la maison d'Orléans dont il obtint le château d'Auberoche. Il mourut vers 1415. Son fils Archambeaud d'Abzac 2 fut moins heureux dans la carrière militaire puisqu'il connut la captivité et on ne connaît rien de sa postérité.
    Cette terre faisait partie du Comté de Périgord qui fut vendu m 1437 par le Duc d'Orléans à Jean de Bretagne déjà Vicomte de Limoges. Jean étant mort sans enfant en 1454, son frère puîné, Guillaume lui succéda. Il eut une fille, Françoise de Bretagne qui, mariée au Comte d'Albret, lui transmit le Périgord et la vicomté de Limoges. Plus tard Jeanne d'Albret se maria avec Antoine de Bourbon et le Comté de Périgord passa dans cette maison. Henri III de Navarre, leur fils, autrement dit Henri IV de France, le réunit à la couronne par lettres patentes en 1607.
    Il faut donc revenir à Hugues d'Abzac, frère puîné de Bertrand 2, pour reprendre la filiation qui va nous permettre de retrouver, en passant par la branche des d'Abzac de la Douze seigneurs de Mayac (le 6ème filsde Gui d'Abzac), le rameau des d'Abzac de la Douze seigneurs de Sarrazac (vers 1579). En 1592 François d'Abzac, 2ème du nom, se qualifie "seigneur de Limeyrac". Il est à l'origine de la 8ème branche des d'Abzac de Mayac, seigneurs de Limeyrac.
    La tige des Hautefort issue de Guy de Lastours, seigneur d'Hautefort, s'est éteinte dans la maison des d'Abzac. En 1790, Marc Martin de la Chosedie et son fils Louis Martin écuyer de Clérant, garde du Roi, héritiers de Demoiselle d'Hautefort de la Brugère vendent le domaine de la Brugère à Pierre d'Abzac à l'exception des vignes et possessions situées à La Pinolie.
    Au 19ème siècle, cette branche des d'Abzac va s'éteindre à son tour dans la famille des Vandière de Vitrac d'Abzac, famille toujours bien vivante et qui porte encore aujourd'hui les gènes des derniers seigneurs de Limeyrac. Je vous reparlerai tout à l'heure des deux derniers d'Abzac, seigneurs de Limeyrac.
    Le XVIème siècle, c'est aussi les guerres de religions. Elles n'épargnèrent pas ces terres du Périgord qui appartenaient au Roi protestant de Navarre. L'église de Limeyrat fut " siégée " par les protestants qui la saccagèrent et obtinrent l'apostasie de plusieurs habitants.
    Les archives de l'église, détenues par "le sieur Nebout de la Pinaulie" après la Révolution, ont dû disparaître dans l'incendie de sa maison au XIXème siècle (dires du curé de Limeyrat au comte de Vitrac en 1914). Vers 1530, Jean d'Hautefort était gouverneur du Roi de Navarre en Périgord. Il fut chargé de faire l'inventaire des cloches de la châtellenie d'Auberoche qui appartenait au Roi ceci en vue d’une réquisition éventuelle des Protestants. En effet les cloches étaient susceptibles d’être réquisitionnées pour être fondues et transformées en canons. Dans la paroisse de Limeyrat " a été trouvé 3 cloches. La plus grande du poids de 2 quintaux et ½ ; la 2ème de 1 quintal et ½, la tierce du poids de 2 quintaux attesté par serment par Pierre MIGOU, Léonard BONELY, Bertrand CHARTROULE, Pierre MARTIN, Denis BALADE et Guillaume CHAMBRAYS qui ont promis de porter et conduire comme dessus, comme appert pour l'obligation reçue par le dit MESPOLEDE... " (S.H.A.P.)
    Nous ne savons pas la suite donnée à cette réquisition pour la défense du pays. Ce qui est sûr c'est que ce fut un précédent et à la Révolution, et aussi pendant la dernière guerre, on continuera ce genre de récupération de métal.
Nos statues à la refonte
Passant sur un camion, notre bon Fénelon
Près du docte Montaigne allaient à la refonte
Pour y donner leur bronze après que notre fonte,
Notre plomb, notre étain furent mis au pilon.
Vos socles sont là, nus, dans Périgueux tranquille ;
Vous étiez la fierté, la gloire de la ville,
Mais vous n'étiez plus vus par les nombreux passants.
En vous ayant perdus, soudain on vous regrette ;
Et si vous la sentez, notre peine secrète
Vous fera bien plaisir dans votre nuit des temps.
René BRACHET, Limeyrat, mars 1942. (ouv. cité)
 
   Intéressants sont les noms cités dans l'inventaire du XVIème siècle : BONELYE, CHARTROULE, sont des noms originaires de Corrèze, d'Allassac plus précisément, BALANDE (BALANIE ou LALANDE ?) de Seillac, CHAMBRAYS (CHAMBRAIN, CHAMBRAIX) de Chaumeil. Nous savons par des reconnaissances féodales et par ailleurs, qu'après les diverses périodes des guerres anglaises (terminées en 1453), le Périgord était dans un triste état et qu'il attira les habitants du Bas-Limousin qui vinrent y prendre à rentes ces vignobles incultes et ruinés, les remettre " à bastizon chaude" comme on disait vers 1500, c'est à dire y rebâtir et garnir de cheptel, à leurs frais, en payant peu de rente au début naturellement. Le seigneur, lui-même appauvri, les encourageait par là à devenir ses tenanciers et à repeupler sa terre dévastée.
    Ce peuplement descendant de la basse Corrèze a dû se poursuivre pendant de nombreuses années. C'est la quête des ancêtres de mon épouse, née DUCLOS, qui m'a amené à fouiller les registres paroissiaux de Limeyrat. Le 22/04/1749 Jean DUCLAUD (15 ans) y épousait Paironne UGUET. Il était fils de Jean DUCLAUD et de Gabrielle LA ROCHE, né à Cubjac le 28/01/1734. Son père, Jean DUCLAUD, était tisserand, originaire de Lissac du Pays de Brive selon les termes relevés sur un acte de baptême (il avait été choisi comme parrain) trouvé dans le registre paroissial de Cubjac de l'année 1749.
Petite parenthèse personnelle ces DUCLOS, HUGUET habitaient La Chosedie et étaient au service de la famille d'Abzac. Leur fils, Pierre DUCLAUD, eut comme parrain "Pierre, d’Abzac, Vicomte d'Abzac, de Limeyrac, seigneur du présent lieu, Sarrazac, l’Estan et autres places, écuyer ordinaire du Roy" et comme marraine "dame Marie BONNEVAL vicomtesse d’Abzac de Limeyrac." Bien des familles demandaient au seigneur d'être parrain de leur enfant. Je pense que cette pratique n'était pas complètement désintéressée ! Bien entendu c'était le maître d'hôtel et la gouvernante du château qui tenaient l'enfant sur les fonts baptismaux en lieu et place "du haut et puissant seigneur messire Pierre d’Abzac." N'empêche que 250 ans plus tard j'ai épousé Pierrette Duclos et son frère, dernier descendant mâle de cette branche des DUCLOS se prénomme ... Jean-Pierre. Ils sont les descendants de toute une lignée de Pierre en souvenir de cet illustre parrain sans aucun doute. En 1901 il y avait encore un Pierre DUCLOS charbonnier à Limeyrat.
Le charbonnier.
Passant par le vallon, j'ai vu le charbonnier
Près d'un grand tas terreux suintant d’acre fumée.
La croûte avait craqué ; dans cette cheminée
Il lançait de la terre, obturant le brasier.
Cet homme, jour et nuit, veille pour son métier.
Dans sa hutte de glaise, abritée de ramée,
Brûlent de gros tisons, restes d'une flambée,
Qui rôtiront bientôt peut être un fin gibier.
Car vivre au fond des bois, en face de soi - même,
Tout seul, on pense un jour au plaisir que l'homme aime;
On devient braconnier, insensible à la Loi.
Heureux cet homme libre au cœur de la Nature;
Ainsi que nos aïeux, il vit à l'aventure,
Pensant, dans son bonheur, qu'il est maître chez soi.
René BRACHET 26 octobre 1938 (ouv. cité)
 
Pour en revenir à Limeyrat, sur l’emplacement de l'ancien cimetière, à l'ouest se dressait une chapelle du XIIème siècle dédiée à Notre Dame de la Nativité. Elle dépendait de la cure. La porte d'entrée était précédée d'un porche assez spacieux, mais la chapelle était dépourvue de voûte. Les Messieurs d'Abzac, seigneurs de Limeyrat, entretenaient la chapelle où l’on disait la messe en quelques rares occasions pour les Messieurs du château. Cependant le jour de la Nativité (8 Septembre) cette chapelle était un lieu de pèlerinage très fréquenté. On y venait de fort loin et ce jour-là il y était célébré un grand nombre de messes. Cette chapelle fut vendue comme propriété de la Nation le 15 nivose an III. Pierre Souffron en devint propriétaire pour 500 livres (arch. de la Dgne - Q 543 n° 24). On brisa les portes et les fenêtres, on enleva la toiture. La Chapelle était en ruine quand l'exercice du culte fut rétabli et les matériaux avaient disparu. On n'en conserva qu'une statue en bois peint qui devrait se trouver dans l'église paroissiale côté gauche de la nef si mes sources sont toujours bonnes, mais je ne l'ai point vue. (abbé H.JOURDES)
    D'après l'abbé Brugière, au siècle dernier, les gens de Limeyrat racontaient encore que tous ceux qui avaient participé à la démolition de la chapelle avaient eu une fin misérable.
    Au village de La Pinolie, se trouve une chapelle dédiée à la Passion de Notre seigneur. Elle porte la date de 1684. C'était une chapellenie et on y allait en procession le 3ème jour des Rogations. (3 jours qui précédent l'Ascension et pendant lesquels on fait des processions pour demander à Dieu de bénir les travaux des champs et écarter les maladies contagieuses des hommes et des animaux).
    Le Chalard avait autrefois une église (Pouillé de 1382) propriété de Monsieur de Hautefort. Je n'ai pas trouvé ce lieu-dit sur la carte au 1/50 000.
    L'abbé Brugière rapporte même que vers Bontemps il y avait autrefois une chapelle près des carrières des Mazards (Le Nasard ?) mais là encore, sur la carte, je n'ai pas retrouvé ce lieu-dit. Il y avait enfin au repaire noble de l'Etang une autre chapelle dédiée à St Joseph. Il y est signalé, en 1610, le baptême de Galiote de Marquessac fille de Raymond de Marquessac seigneur de Lestang et Montbayole et de demoiselle Galiote Joubert.
Les gens de Limeyrat, sous l'ancien régime, n'avaient donc aucune excuse pour ne pas être de bons chrétiens pratiquants.

Les registres paroissiaux de Limeyrat remontent à 1604. En les consultant on peut retrouver un peu de l'histoire de cette paroisse et de ses habitants. Grâce à eux nous avons une assez bonne connaissance des familles qui habitèrent la paroisse sous l'ancien régime. Plusieurs familles nobles se partagèrent ce territoire : Nous trouvons des Saint-Martin ou Martin, à la Brugère, à la Pinolie, à la Chosedie, au bourg, à la Feuillade, à la Verdonnie. Nous trouvons des Marquessac, (le château ruiné de Marquessac se trouve sur les bords de l'Auvézère prés de St Pantaly d'Ans) des Fauvel, des Chancel au repère noble de Lestang. Les Marquessac ou Marquessat comme les Martin étaient des branches de la même famille des Hautefort établis à La Brugère, terre noble qui relevait à foi et hommage du seigneur évêque de Périgueux à cause de sa baronnie d'Auberoche ( ref : 1740 donation d’Izabeau de St Martin veuve de Evmard d'Hautefort habitant de La Brugiére à Marc Martin seigneur de La Chosedie garde du corps du roy, chevalier de l'ordre militaire de St Louis). Charles d'Hautefort était seigneur de Marquessac. Vers 1500 Poncet de Marquessac, capitaine d'Ans avait été condamné pour pillages et violences (carton E 686 arch. de Pau). Vers 1540 / 41 Amanieu de Marquessac, capitaine d'Ans, rendit hommage au Roi de Navarre devant le Sénéchal de périgueux et en 1599 il acheta à Alain d'Albret les paroisses de St Pardoux, Brouchaud et St Pantaly. En 1587 Pierre Marquessac, escuyer, est conseiller du Roy, jugemaige, lieutenant général et président présidial de la Sénéchaussée de Périgord. Mais il est une famille noble qui va prospérer ici c'est celle des d'Abzac. Petit à petit par mariages et achats ils deviendront la haute et puissante famille des seigneurs de Limeyrac, de Lestang, Sarrazac,(région de Thiviers) Monbayol, Mayac (Ies 2 dans la vallée de l’Auvézère), Migré (17), Montplaizir et autres places. D'autres familles non nobles, comme les Nebout à la Pinolie, (au début du XVIIIème Léonard NEBOUT était notaire royal) prendront de l'importance. C'est sans doute parce qu'ils voulaient vivre à la manière des nobles et faire croire qu'ils étaient de la noblesse que nous verrons leur nom évoluer : Neboutz, Nebout sieur de La Pinolie, seigneur de La Pinolie puis Nebout La Pinolie pour finir par se faire appeler Monsieur de La Pinolie comme je l'ai trouvé au bas d'une délibération du Conseil municipal de 1845. Ces familles s'allieront par mariages et parfois s'opposeront.

    C'est ainsi que vers le milieu du XVIIIème siècle une terrible rivalité opposa les frères d'Abzac, seigneurs de Limeyrat et de Lestang, aux seigneurs de la Pinolie et de Leymarie, les frères Nebout. Peut être une rivalité entre la vieille noblesse de chevalerie et les "nouveaux seigneurs" ? Il y eut échange d'insultes et de coups, à propos de dindes que le dindonnier des d'Abzac, Jean Larue, avait menées dans un champ de blé d'Espagne. Un jour après la messe, il fallut l’intervention de "la populace" pour empêcher le sieur d’Abzac de passer un Nebout au filde son épée, sur la place de l'église. Le Nebout en question reçut néanmoins force coups de bâton des gens de Monsieur le Vicomte. Des coups de feu furent tirés sur la maison des Nebout à La Pinolie ... Bref, plaintes, procès et en 1751, "Messire Henri d’Abzac (convaincu d'injures et d’excès réels commis avec préméditation fut condamné à payer 3000 livres de dommages et intérêts et réparations civiles au sieur Léonard Nebout de La Pinolie et 20 livres d'aumônes aux pauvres de la paraisse de Limeyrat." (archives de la Dgne B.484 et 487).
Ainsi allait la vie à Limeyrat.
    En 1730 le Chevalier de Lagrange Chancel fit un grand voyage de Paris en Périgord en passant par le Poitou et l'Angoumois, voyage qu'il relata dans le détail et où l'on trouve ces lignes concernant la date du 2 avril 1730 : "Je vins le soir à Born gros bourg, flanqué d'un ancien château, fort en désordre, ainsi que celui de la Richardie tout joignant. Le château de Limeyrac que je fus visiter n'est pas mieux entretenu par les fermiers. "Sans doute était-il abandonné momentanément par ses propriétaires qui vivaient dans un autre château ou à la Cour, à Versailles. (Bulletin de la S.H.A.P. tome 43 p.332).
    Deux des plus illustres fils de cette famille d'Abzac seigneurs de Mayac et Limeyrac naquirent au château de Sarrazac en 1739 et 1747. (Généalogie des d’Abzac édition de 1995 et Chroniqueur du Pétigord et du Limousin de 1853 p 205 et 206). Pierre Marie d'Abzac Vicomte d'Abzac et Jean d'Abzac Chevalier d'Abzac furent deux des plus grands maîtres de l'art équestre de cette fin du XVIIIème siècle.
    Ces messieurs étaient frères et leur biographie présente une certaine similitude. Tous deux eurent une très longue carrière et traversèrent de très grandes vicissitudes. Tous deux débutèrent comme pages et annoncèrent de bonne heure des dispositions particulières pou l'équitation. Ils arrivèrent à un tel degré de perfection dans leur art qu'il est impossible de les distinguer par là. Ils moururent tous deux à Versailles, ville qui avait été le témoins de leurs succès équestres.
    Monsieur le Vicomte d'Abzac était donc né au château de Sarrazac en 1739. En 1756, à l'âge de 16 ans, il entre aux Pages de la Grande Ecurie du Roi. Il s'y distingue si bien par son élévation de caractère et son intelligence qu'il est nommé premier page, privilège qui lui donne droit de choisir son régiment où il aurait dû entrer avec le titre de capitaine. Mais on avait repéré ses aptitudes pour le cheval et on le maintint comme premier page jusqu'à ce qu'il ait l'âge de prendre le commandement d'un manège. En 1763, à 24 ans il est nommé Ecuyer Cavalcadour (Commandant l'Ecurie des chevaux qui servaient au Roi et aux Princes). En 1770 commandant du deuxième manège eten 1773 du premier manège à Versailles. Il y réussit si bien que Monsieur de LAMBESE grand écuyer du Roi le nomma premier maître de l'équitation du royaume. Pendant plus de 10 ans Monsieur le Vicomte d'Abzac commanda le manège où il déploya toutes ses capacités pour dompter les chevaux et dresser les hommes. C'est lui qui donna des leçons d'équitation à l'infortuné Louis XVI, à Monsieur le Comte de Provence (futur Louis XVIII) et au Comte d'Artois (futur Charles X). Cette vie active l'usa et en 1781 il demanda sa retraite et se retira dans ses terres de Limeyrac. Jusqu'à la Révolution il acheta et échangea de nombreuses terres pour agrandir son domaine. Aux archives départementales sont conservés une bonne douzaine d'actes d'achat et d'échange. Le 25 octobre 1781 on rassembla même la population au son de la cloche. Le seigneur désirait acquérir une petite place publique d'environ 5 pieds de largesituée derrière l'église et jouxtant le château. Elle lui fut adjugée pour la somme de 600 livres versées à la fabrique. Pendant ces années de la fin de l'ancien régime il s'occupa à reconstruire sur un nouveau plan et à embellir son château qualifié de neuf en 1792. L'étrange écusson triangulaire taillé dans la pierre au-dessus de la porte d'entrée du bâtiment actuel est-il le signe de l'appartenance de Monsieur le vicomte à la franc-maçonnerie ?
    La révolution surprit Monsieur le Vicomte à Limeyrac et il émigra à Hambourg. La ville lui fit des propositions de directeur de manège qu'il refusa car il avait espoir de rentrer bien vite en France. Pendant ce séjour à l'étranger il se rendit plusieurs fois au manège où en connaisseur avisé il assistait incognito aux leçons d'équitation. Un jour on y amena un cheval fougueux que son écuyer ne pouvait réussir à embarquer au galop de pied ferme à gauche. Le Vicomte le regardait sans mot dire mais son regard devait trahir ses pensées et importuna le cavalier qui s'arrêta devant l'inconnu :
- Vous êtes sans doute homme de cheval, Monsieur dit l'écuyer en saluant.
- En effet répliqua le Vicomte.
- Voici un cheval qui fait tout ce qu'on lui demande sauf le départ au galop de pied ferme à gauche, c'est incompréhensible.
- C'est en effet ce que je viens de voir, Monsieur, reprit le Vicomte en s'inclinant.
Mais la réponse et l'intonation de sa voix laissèrent sans doute percer une pointe de raillerie car l'écuyer ajouta:
- Puisque vous êtes homme de cheval, Monsieur voudriez- vous bien me faire l'honneur de le monter ?
- Oh ! Monsieur, après vous je n'essayerai même pas ! 
- Mais je vous en prie Monsieur !
- Ce sera donc seulement pour vous être agréable, Monsieur.
L'écuyer met pied à terre, le Vicomte s'assure des fers, de l'embouchure, se met en selle fait deux tours au pas pour s'assurer du cheval et le rassemblant, exécute sans effort comme sans hésitation un départ au galop de pied ferme à gauche.
L'écuyer allemand stupéfait s'approche alors et se découvrant bien bas lui dit :
- Monsieur, vous êtes le Diable ou le Vicomte d'Abzac ?
- Effectivement, Monsieur, répond le gentilhomme français, je suis le second et n'ai rien de commun avec le premier !
    Cette aventure permit au Vicomte d’avoir ses entrées au manège ce qui contribua à adoucir les rigueurs de l'exil.
Avec la loi d'amnistie de 1802 il entre en France et se retire à Saffmac -nous verrons tout à l'heure pourquoi il n'a pu revenir à Limeyrat- où il habite jusqu'en 1814. A cette époque Louis XVIII l'appela au commandement du manège de Versailles, poste qu'il occupa jusqu'en 1827 quoiqu' accablé d'ans et d'infirmités. Il mourut en 1827 après avoir servi Louis XV, Louis XVI, Louis XVIII et Charles X : Il ne descendit de cheval que pour entrer dans la tombe.
    Le chevalier d'Abzac, son frère, est né à Saumac le 24/02/1749. Il entra lui aussi aux pages du Roi Louis XV où il resta 7 ans. Il fut ensuite écuyer ordinaire au manège de Versailles. Il succéda à son frère en 1781 et dirigea le manège jusqu'en 1789. Il y acquit une réputation égale à celle du Vicomte : aptitude, élégance, assurance, qui semblait l'identifier à son cheval.
    En 1789 il quitte la France et fait partie de l’armée de Condée où il se fait remarquer par sa bravoure. Comme son frère il rentre en France en 1802 et sert le nouveau régime. L'empereur le nomme en 1806 directeur des haras de Strasbourg puis en 1810 des prestigieux haras du Pin dans l'Orne. Quand on se rappelle l'importance du cheval à cette époque, notamment pour l'armée impériale, on peut mesurer l'importance du poste qui lui avait été confié.
    A la Restauration il fut fait chevalier de l'ordre de St Louis et continua à diriger les haras du Pin tout en dirigeant un manège à Versailles jusqu'en 1818 date à laquelle sa santé l'obligea à renoncer à sa charge de directeur des haras. En 1819 sa santé l'obligea à demander sa retraite qui lui fut accordée avec traitement d'activité maintenu pour récompense des services rendus. A la mort de son frère en 1827 il reprit le titre de vicomte et mourut en 1831 après avoir adopté pou fils et héritier unique son neveu Monsieur Raymond de Vandières . En 1853, quand furent rédigées les notes biographiques que je viens de vous résumer - notes rédigées avec l'aide du neveu - on conservait toujours pieusement la selle de drap rouge du chevalier d'Abzac aux haras du Pin et on la montrait avec orgueil. J’ai donc téléphoné au service des visites des Haras et la guide qui m'a répondu m'a dit : "Oui, oui elle est bien toujours là, je l'ai juste en face de moi. D'ailleurs depuis cette époque tous les commandants des haras ont pris l'habitude de laisser leur selle au haras en souvenir de leur passage".
    Le nom des d'Abzac est resté légendaire dans la cavalerie et au manège du Cadre noir de Saumur une grande plaque de marbre porte quelques noms des plus grands cavaliers de France : le nom des d'Abzac y est deux fois cité, (rapporté par Arnaud d’Abzac qui a eu le privilège de monter dans ce manège)
    Avec la Révolutionnous entrons dans me période plus connue de l'histoire de Limeyrat. La commune de Limeyrat a repris en gros les limites de l'ancienne paroisse qui cependant était beaucoup plus vaste. En effet la succursale de Limeyrat comprenait la commune actuelle plus Montagnac (amputée des hameaux de Libertie et Bas Laurent qui étaient rattachés à Cubjac). (décret du 5 nivose an XII).
    En 1830 un différend opposa Limeyrat à Ajat au sujet des limites entre ces communes. Il s'agissait d'un terrain de 89 F de revenu cadastral. On coupa la poire en deux : un terrain de 44 F de revenu cadastral pour Limeyrat et un autre de 45 F pour Ajat. En 1832 une ordonnance royale fixa les limites entre Ajat et Limeyrat (du côté de la Brugère).
    J'ai retrouvé également une pétition des habitants de Montagnac protestant contre leur éventuelle réunification avec Limeyrat. Cette pétition ne porte pas de date -sans doute vers 1840. Une autre ordonnance royale du 15/02/1843 a érigé Montagnac en succursale. Ainsi commune et paroisse furent ramenées aux mêmes limites.
  Mais revenons à 1789.
  Les biens des d'Abzac émigrés furent vendus comme biens nationaux. Avec le détail de la vente on peut juger de l'importance de cette famille. Uniquement sur la commune de Limeyrat - n'oublions pas qu'ils étaient seigneurs de Limeyrat mais aussi de très nombreuses autres places - les d'Abzac furent dépossédés de 2 métairies (13400 F) et un bordiage (6100 Pl à Cournazac, 10 domaines : La Brugière (21000 F), Maison Rouge (9340 F), le Chalard (10900 F), Philibert (21000 F), la Cou (32000 F), La Chosedie (30400 F), Le Boulanger(10000 F), Laularie (10650 F), La Feuillade (10800F), Largelie (26100 F), je ne vous donnerai pas le détail de toutes les pièces de bois, taillis, prés, terres vendus au détail si j'ose dire (3 DUCLAUD de la famille en profitèrent pour devenir propriétaires pour quelques centaines de francs), ainsi que la chapelle du château (1425 F) ... et le château de 3 étages avec d'autres bâtiments et jardin pour seulement... 15000 F. Le château fut acquis par le même Souffron qui avait acquis la chapelle du curé située dans le cimetière pour 500 F. Ce château fut détruit par un incendie sans doute en cette fin de siècle. Ce qui reste des communs du château avec leurs caves en voûtes de pierres, leurs sols de pisé, leurs hautes toitures (en triste état d'ailleurs), nous donne une idée de ce que pouvait être un château de noble paysan de cette époque.
    En ce temps là, le curéde Limeyrat s'appelle LACHAUD Jean. Il est né à St Rabier au Grand Coderc. Il est docteur en théologie et occupe la cure depuis 1760. En mars 1789 il est représenté aux Etats de Périgueux par Bouchier curé de St Silain. Ce Bouchier Antoine fut, en 1791, un concurrent sérieux de Pontard pour la Place épiscopale. Il dut se contenter de la place de premier vicaire puis il abjura l'état de prêtre, déclara qu'il serait toujours "sans culotte" et finalement sera nommé évêque constitutionnel en 1801. Le curé LACHAUD quant à lui, eut un traitement calculé à partir des 14 dernières années de son revenu et s'élevant à 1627 livres annuelles. Réfractaire, il ne le percevra que jusqu'au 05/06/1791, date de son remplacement. Il bénéficie alors d’une pension de 500 livres annuelles jusqu'au 3ème trimestre 1792. En avril 1793, on le retrouve reclus à Notre Dame de Périgueux. Le 25 du même mois on a déjà vendu ses biens : savoir un pré et 2 terres à Labrousse pour la somme de 11200 F. Le curé Lachaud meurt dans sa prison le 22 vendémiaire an III (14/10/1793) . Il a donc passé 6 ou 7 mois en prison.
Le vicaire du curé LACHAUD était un certain Pierre POMMIER. Peut être est-ce Pierre Pommier natif de Ribérac (mais on n'enest pas complètement sûr, peut être y a-t-il homonymie). Nommé en 1784 ce Pierre Pommier, réfractaire fut remplacé en 1791. Il aurait pris un passeport pour l'Espagne où il serait mort.
    Le curé Lachaud fut remplacé par le curé NOUGIER FERRIOL à partir du 3ème trimestre 1791. Il fut payé comme curé constitutionnel de Limeyrat 1200 livres par an jusqu'au trimestre de messidor an II. Le 13/02/1791, il avait prêté "le serment constitutionnel pur et simple". Il abdiquera le 30 nivose an Il (19/01/1794) à Limeyrat "en renonçant à ses fonctions curiales et en voulant vivre en bon citoyen et vrai patriote."
    Le presbytère, ancienne maison de la famille Chasseloup - Laubat, fut vendu "nationalement" avec "les niasure,@ de la ci devant église de Blis, la maison dit ci devant prifflt-é de Bord ... etc... " et une terre située à la fontaine de Limeyrac ceci le 2 messidor an IV " acheté par Pierre Duverger employé au Département pour la somme de 3180 livres. (arch. de la Dgne Q 76 184 - 296)
    En cette période troublée on signale la présence d'un autre curé réfractaire Pierre CALVET d'Ajat, Il se cachait dans les bois et dormait dans un tonneau, à Limeyrat, chez Monsieur Lapinolie (voyez on ne disait plus NEBOUT mais on ne disait pas encore de La Pinolie prudence révolutionnaire oblige !).
    La commune de Limeyrat va donc petit à petit se former et transformer pour prendre l'aspect que nous lui connaissons actuellement. De son histoire récentej 'ai retenu quelques faits de cette transformation.
    En 1817, le maire de la commune demande au Préfet l'autorisation de réunir le conseil municipal. L'affaire est d'importance. Les habitants de La Chosedie n'ont-ils pas vendu à un nommé FESTUGIERE propriétaire des fonderies d'Ans, deux communaux situés à Fonfarge et Las Soulombrièras, garnis de bois et de bruyères, pour la somme de 400 et quelques francs. Le maire propose deux solutions:
1) remise en vente.
2) s'en tenir à la vente mais verser l'argent dans la caisse de la commune pour construire un presbytère, réparer l'église et fermer le cimetière.
    On reste confondu devant le fait que des gens aient pu vendre un bien communal mais là il faut se reporter à l'élaboration du cadastre, en 1791. A proprement parler, il s'agissait uniquement d'un "état des sections", le vrai cadastre fut initié par l'Empereur en 1807 et mit bien trente ansavant d'être réalisé dans toutes les communes. Donc le territoire communal avait été divisé en sections, et dans les sections on avait fait le relevé de chaque parcelle repérée par un numéro, le nom de son propriétaire et surtout son revenu cadastral déterminant la contribution foncière. A La Chosedie, deux parcelles n'avaient été revendiquées par personne. Elles avaient été classées "communales " et la contribution afférente répartie sur l'ensemble de la population communale. Si les habitants de la Chosedie avaient bien accepté de partager l'impôt avec tous les habitants de la commune par contre ils se considéraient toujours comme les seuls propriétaires de ces terres faisant partie de leurs anciens héritages féodaux, à l'exclusion des autres habitants de la commune. Ils furent entendus par les conseillers municipaux réunis, auxquels ils déclarèrent : "que, si lors de la formation des états de sections  la contribution en avait été répartie sur l'ensemble de tous les habitants de la commune au lieu d'avoir été répartie sur eux seuls ils ne devaient pas par le fait de cette erreur perdre leur droit de propriété"
 
 Dans un but d'apaisement le Conseil municipal considéra que ces communaux n'étaient communaux que de la section de La Chosedie et il arrêta
1) que la vente, ne serait point querellée.
2) que le nouveau propriétaire serait chargé de payer la contribution foncière pour un revenu que l'on fixa à 12 F.
3) que la décharge de contribution porterait sur
toute la commune.
4) qu'il ne serait pas demandé aux habitants de
La Chosedie
de rembourser les contributions antérieures.
Par contre on ne donne aucune indication sur l'affectation du produit de la vente.
    N'ayant plus d'habitation curiale depuis 1807 la commune n'avait plus de curé et était desservie par des curés voisins. En 1842, elle sollicita d'avoir un curé résident et pour l'obtenir décida de vendre des communaux pour la somme de 10 900 F. Avec le produit de cette vente le 03/01/1845, elle acquit une propriété appartenant aux époux Tallet - Maublanc pour la somme de 8 600 F afin d'y établir un presbytère, une maison d'école et une mairie. Elle dépensa 2 157 F pour l'aménagement de ces trois installations. Dix ans plus tard l'affaire était réglée et Limeyrat avait son curé résident et son école ; mais en 1859 il fallut faire des réparations à l'église et au presbytère, réparations qui ne seront terminées qu'en 1877 / 1880. La maison presbytérale comprenait une cuisine, une salle à manger, la chambre de Monsieur le curé, celle de la bonne, deux autres chambres, le tout desservi par un couloir, une grange, une écurie et deux étables, un cabinet d'aisance et un four, le tout ordonné autour d'une cour fermée avec une vaste terre, un pré, un jardin et une vigne, dépendances dont nous aurons à reparler. Cette maison devait être en très mauvais état car lorsqu'on commença les réparations une partie s'effondra ce qui occasionna un surcoût des dépenses et l'abandon des travaux en attendant une nouvelle subvention qui n'arriva qu'en 1884 / 85.
    Le 13/07/1879, par délibération le Conseil Municipal demanda le dédoublement de l'école communale mixte en émettant le voeu que la direction de l’école de garçons soit confiée à un instituteur laïc et que l’école de filles soit confiée à une institutrice laïque. A cette époque la loi faisait obligation aux communes de plus de 500 habitants d'avoir une école de filles et Limeyrat comptait 523 habitants. Les deux classes furent installées tant bien que mal dans les locaux existants, au détriment du logement de l'instituteur. Heureusement, l'institutrice nommée, madame Morteyrol, femme du forgeron-buraliste, eut la bonne idée de faire classe chez elle ce qui fait que l'instituteur put continuer à se loger dans la classe des filles. En 1896, le curé fonda une école de filles tenue pardes religieuses dans les restes de l'ancien château. La guerre scolaire commença à Limeyrat. Sentant la concurrence, Mme Morteyrol fit face en grande républicaine et se trouva bien vite en opposition à certains habitants de la commune et bientôt avec le Maire qualifié de réactionnairepar l'inspecteur des écoles primaires. En 1900, après les élections, le Maire, favorable au curé et à l'école congréganiste, organisa un grand banquet auquel participa son secrétaire de mairie qui n'était autre que l'instituteur de l'école de garçons. La presse s'empara de l'affaire et l'infortuné instituteur, M. Dalet, dénoncé comme réactionnaire, fut déplacé. Par représailles, le maire demanda à ce que Madame Morteyrol réintègre le logement prévu pour les filles et contigu de celui des garçons espérant secrètement qu'au nom des bonnes mœurs -pas de filles près des garçons- les habitants de Limeyrat mettraient leurs filles à l'école des religieuses. L'Administration flaira le piège et s'opposa à ce que Mme Morteyrol intègre la classe prévue pour elle dans le bâtiment communal ! De plus, en agissant ainsi elle évitait de donner aux partisans de l'école des religieuses et donc au maire le sentiment d'avoir gagné.
    La situation en resta là jusqu'en 1911 / 1912. En 1911, l'effectif n'étant que de 35 élèves et Madame Morteyrol ayant l'âge de la retraite, on supprima une classe. Les écoles congréganistes avaient été supprimées en 1904, le problème de la seconde classe était réglé mais le bâtiment scolaire était en piteux état. Déjà en 1893 on avait refusé de faire des réparations à l'école de garçons bien que le bâtiment fut reconnu "insalubre, mal agencé avec un puits contaminé par les eaux du cimetière." En 1913, on fit bien le projet d'une belle école double sur le terrain Sudrie à 300 m du bourg. Il y eut également un autre projet, dans le bourg, avec aménagement d'une place publique. Avec la guerre, on en resta là. En 1930, la population ayant augmenté étant donné l'implantation des usines de cirage et d'encre (et sans doute de porcelaine), on obtint à nouveau une deuxième classe. Elle fut installée dans les anciens locaux. La commune vendit un titre de rente 4% de 1925 devant produire un capital de 2 000 F pour être affecté à la réparation des écoles et à l'achat de matériel scolaire.
    Plusieurs projets furent élaborés entre 1943 et 1948 mais l'école restait toujours dans les bâtiments de l'ancien presbytère construit en 1720. En 1950, l'institutrice menaça la commune de poursuites judiciaires et demanda des dommages et intérêts pour le préjudice qu'elle avait subi à cause de la vétusté des locaux : elle n'avait plus de pièces habitables et couchait dans sa classe. La cave était envahie par les eaux d’écoulement du cimetière -50 cm- le plucher était disjoint, son mobilier et ses effets avaient subi de graves dégâts dus à l'humidité et elle avait été victime de la fièvre typhoïde ! L'ancien projet de 1913 fut ressorti des oubliettes mais le terrain Sudrie n'était plus à vendre, il fallait exproprier. Le préfet dépêcha d'urgence une commission d'enquête car paraît-il les "locaux menaçaient de s'effondrer et d'ensevelir les enfants et même l'institutrice". Quelques années plus tard, Limeyrat avait son école neuve. Si je ne me trompe pas l'ancien presbytère école-mairie daté de 1720 existe toujours à côté de la nouvelle école qui n'a pas si bien vieilli que lui, mais c'est là un avis très personnel.
    En 1896, un grave conflit va opposer la Municipalité au curé.
    Délibération du C.M. ..." à partir du 01/01/1897, le curé ayant démérité les ressources résultant pour lui de la jouissance d'un pré et d'une terre qui lui auraient été donnés pour faire gratuitement le service des funérailles des indigents, lui seraient retirées au profit de la commune. "
    Pour justifier cette mesure, la Municipalité de l’époque allégua que le curé possédait en propre des immeubles dans la commune, qu'il avait l'intention d'employer le revenu du pré communal pour nourrir les vaches des religieuses ce qui fournirait une concurrence déloyale à l'école publique de filles. Bien sûr, cette décision municipale fut vivement contestée par l'évêché. Fin 1896, un premier mémoire de 4 pages fut adressé au Préfet et en avril 97 un second mémoire de 8 pages. Toutes les lois de la République, de la Restauration et de l'Empire furent rappelées pour éviter au curé de perdre la jouissance des biens communaux. La bataille juridique fut serrée. Pour justifier le retrait des parcelles annexées au presbytère, il fallait leur trouver une affectation d'intérêt supérieur. On la trouva. Au mois de novembre, le Préfet nomma un commissaire enquêteur, M. Tallet, adjoint au maire de Thenon, "pour recevoir l'enquête au sujet d'un champ d'expériences agricoles pour l'emploi et la vulgarisation d'engrais chimiques et l'établissement d'une pépinière de vignes greffées au Chef-lieu de la commune", champ que l'on annexerait à l'école, l'instituteur étant chargé des dites expériences. Mais entre temps il semble que le maire avait pris le parti de soutenir le curé, car pour empêcher l'enquête d'avoir lieu, il fit installer les élèves de l'école dans la mairie. Rappelez-vous que la deuxième classe n'avait pas été construite et que Madame Morteyrol faisait classe chez elle depuis 20 ans. Une pétition fut lancée et le curé, à la tête des manifestants, injuria et chassa le commissaire enquêteur. La guerre continua plusieurs années et en 1907 -10 ans plus tard- le préfet notait : "Le desservant continue, malgré le Conseil municipal, et avec la complicité du maire, à jouir du presbytère et de ses dépendances à titre absolument gratuit" et il demandait avec insistance au maire d'expulser le curé. Plusieurs lettres furent adressées au maire : 15/01/1908, 18/02, 11/03 et une dernière comminatoire le 23/03. Le bail fut enfin signé le 29/12/1908. Le curé gardait la jouissance des bâtiments et du pré pour la somme de 200 F. Le bail était encore renouvelé en 1920 mais une partie du pré fut enfin annexée à l'école et le curé "devait souffrir un droit de passage à pied, à cheval, avec bœufs et charrette sur la partie qu’i1 conservait, au profit de l'instituteur de Limeyrat pour l'exploitation de son pré et de son jardin." En 1930 c'est le maire qui loua le pré pour la somme de 525 F et le jardin et la vigne pour 50 F. En 1932, l'adjudication n'était plus que de 142 F. Elle était de 416 F en 1938.
 
    En 1910 la municipalité avait décidé de doter l'église d'une horloge et de vitraux. Au nom de la séparation des églises et de l'Etat, le préfet s'opposa à ce que la collectivité finance les vitraux mais il accepta l'horloge étant entendu que tout le monde avait la possibilité d’en jouir. Le conseil tourna la difficulté en arguant de la nécessité de fermer l'église et en baptisant fenêtres les vitraux . Quant à l'horloge, je ne l'ai point vue, a-t-elle été installée ?
Il semble que l'église ait été classée en 1918.
    En 1924 on installa une bascule publique sur la place près de l'ancien cimetière.
    Au début du siècle, le bourg avait toujours son aspect des temps anciens. Début 1914, le préfet autorisa la Municipalité à créer une voie urbainedans le bourg, reliant la place de l'église à la route vicinale principale de Limeyrat. De magnifiques plans furent établis afin de déterminer les constructions à acquérir pour démolition, créer des alignements, construire des trottoirs et ainsi permettre à l'église de ne plus être isolée au milieu des maisons. Malheureusement l'époque était mal choisie et la guerre retarda cette réalisation. En 1925 le problème ressurgit à nouveau. Une enquête fut diligentée qui ne recueillit que deux protestations. Cependant, lorsque les travaux commencèrent, cela n'alla pas sans protestations et une partie des habitants organisa une pétition contre le projet d'alignement qui ne reprit qu'en 1932.
    Les pétitions à Limeyrat, on connaît. Une affaire explosive allait enflammer la commune avec le cimetière.C'est en1905 que débuta l'affaire, le cimetière de Limeyrat était trop petit. Heureusement, la commune possédait de vastes terrains tout autour, on décida d'agrandir sur place. Mais là encore les choses prirent du temps et en 1912 les plans étaient faits mais l'affaire en resta là avec l'arrivée de la guerre. Elle reprit en 1923 avec une lettre de protestation du Syndicat d'initiative de Périgueux qui s'insurgeait contre l'agrandissement au détriment de la place publique et qui posait le problème de l'hygiène avec un cimetière en plein bourg. Il suggérait son déplacement. Une étude géologique fut diligentée par M.Giraud, professeur de minéralogie à l'université de Clermont Ferrand. La conclusion était on ne peut plus explicite : tous les habitants du bourg auraient dû mourir des suites d'épidémies. Heureusement que le terrain du cimetière était imperméable ! Pensez donc le cimetière était tout en haut de la colline et tous les puits du bourg étaient en contre bas ! Opposition formelle à l'agrandissement sur place, choix d'un terrain en dehors du bourg et fermeture le plus rapidement possible du cimetière. En 1928, la commune acquit un terrain à Las Fossas. En 1929 la translation fut autorisée. Une clôture fut plus ou moins improvisée autour du nouveau cimetière et en 1933 le maire prit un arrêté de fermeture de l'ancien cimetière. Première pétition de protestation : le nouveau cimetière est mal fermé, "il y a des passages sous la clôture où peuvent passer des bêtes voire un homme. Il n’y a donc aucune sécurité pour les voisins - craignaient-ils que les morts ne s'échappent ? - ni pour les restes mortuaires de ceux que le maire a obligé d'y être inhumés. En fait, il y avait surtout le coût du transfert ou de la construction de nouveaux monuments funéraires et on continua à se faire enterrer dans l'ancien cimetière. Une nouvelle pétition eut lieu en 1933 contre ces inhumations. La municipalité décida de faire établir une nouvelle clôture en maçonnerie autour du nouveau cimetière pour apaiser les craintes. Nouvelle pétition : les habitants avaient peur d'avoir à payer trop d'impôts ! L'ancien cimetière est rouvert officiellement, l’arrêté du maire ayant était jugé non conforme. En 1936, un emprunt est contracté et les travaux s'achèvent en 1937. Heureusement que le sol de l'ancien cimetière est imperméable, car je pense qu'il est toujours en service ! (toutes ces anecdotes de la vie municipale postrévolutionnaire archives départementales réf. MOD 12 O 272)
    Au XIXème siècle, la population de Limeyrat s'était fortement accrue : plus de 500 habitants vers 1780 et encore 437 habitants en 1901. Une certaine activité régnait ici. Nous avions des tuileries et des carrières en exploitation, notamment celles de l'Etang.
    En 1854, débuta l'enquête d'utilité publique pour la construction de la ligne de chemin de fer Bordeaux-Lyon. Il n'y eut pas d'observations à Limeyrat si ce n'est celle d'un propriétaire, un certain Moulinier, Monsieur le Maire, qui chiffra que le remblai de la ligne lui avait causé 487 F de dommages qu'il arrondit à 500 F et qu'il réclama en vain à la compagnie. Mais pendant longtemps le train ne fit que passer à Limeyrat. Les gares les plus proches étaient celles de Thenon ou de Milhac d'Auberoche. En 1886, les habitants des communes de St Antoine, Limeyrat, Ajat, Fossemagne et Brouchaud demandèrent l'implantation d'une station à Limeyrat au motif qu'il y avait là des carrières de pierres de taille, des usines à chaux et des briqueteries. La Compagnie des chemins de fer d’Orléans donna son accord à la condition que les communes prennent les 4/7 de la dépense à leur charge soit 71 500 F. Limeyrat proposa 10 000, Montagnac 2 000, l’usine de l'Etang 2 000 et les entreprises Beaupuy et André 400 F avec suggestion de ne créer qu'une simple halte. En 1890, le projet simplifié fut ramené à 47 000 F soit 26 900 F à la charge des communes qui demandèrent une subvention. On lança une souscription, les participations furent augmentées et la halte -un bâtiment pour loger le chef de station, une salle d'attente, le bureau du chef et un magasin avec puits, lieu d'aisance et trottoir- furent construits en 1891. Mais dés 1893 et pendant de nombreuses années on ne cessa de demander l'ouverture d'une vraie station de petite vitesse. Cette construction s'acheva en 1913. Une surtaxe, perçue sur les billets délivrés à Limeyrat -y compris ceux pour chiens et sur les marchandises partant de l'endroit- assura son financement. Cette surtaxe fut perçue pendant 10 ans. En 1924, quand elle cessa, il ne restait pratiquement rien à la charge de la commune. (MOD 56 S 1-3 et 15 et 16)
    Ainsi petit à petit Limeyrat avait-elle pris le visage que vous lui connaissez, ou plutôt que vous lui avez connu, car je suppose qu' ici comme ailleurs dans les campagnes périgourdines, le visage de la commune a bien changé depuis la dernière guerre et moi j'ai volontairement arrêté mon propos à 1940.

C'est à peu près la date à laquelle le poète local écrivait :
Causse du Périgord tes enfants t'ont quitté,
Tels de beaux papillons, ils vont vers la lumière
De la ville lointaine, astucieuse et fière,
Recherchant ses plaisirs, fuyant ta pauvreté.
Seuls restent au hameau, froid, triste et désolé,
De pauvres vieux cassés, attachés à la terre
Ingrate, rocailleuse où travailla leur père
Donnant tant de labeur contre tant d'âpreté.
Les toits inhabités croulent sur leur chaumière
La clôture déserte, aux murailles de pierre,
S'éboule mollement sur le joli gazon.
Bien des noyers sont morts, sur cette terre inculte
La nature se venge, et ne se rend qu'au culte
De ceux dont l'amour est le plus fier blason.
René BRACHET , Limeyrat le 24 Août 1938.(ouv. cité)
 
Je vous remercie de votre attention.
Je remercie tous ceux qui ont fait des recherches avec moi et qui m’ont permis de faire cette causerie sans prétention ainsi que Mme Brachet pour son aide précieuse. J'ai cité mes sources. Ceux que j’aurais oublié voudront bien m'excuser. Je demande l'indulgence pour les erreurs que j'ai pu commettre.

Causerie faite à Limeyrat le 18/11/1995 par M.BIRET 24190 Neuvic


Date de création : 05/10/2006 @ 11:48
Dernière modification : 29/10/2009 @ 19:28
Catégorie : - Histoire locale
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